Aspect de l'Héritage dans la Religion Musulmane
Je considère qu'aujourd'hui, la loi coranique concernant l'héritage et notamment, sur le point d?attribuer à l'homme le droit d'hériter un double part de la femme est rétrograde parce qu'injuste.
Cette règle a, peut-être, représenté à une époque donnée, à un moment donné en un lieu donné et dans certaines circonstances, une révolution, car la femme n'avait, peut-être, aucun droit en la matière.
Je pense, qu'aujourd'hui, au nom de la justice, au nom de l'égalité, et du bon sens, cette règle n?a plus aucune raison d'être appliquée.
A notre époque, dans la société où nous vivons, en Tunisie ou ailleurs, la femme assume et partage, avec l'homme, toutes les responsabilités, que ce soit au sein de sa famille, dans le milieu professionnel ou dans la société, elle travaille pour constituer une famille, élever ses enfants, subvenir aux besoins de son foyer.
Tout comme l'homme, elle se bat chaque jour, à son travail pour accomplir les tâches quotidiennes.
Tout comme l'homme, elle participe à la vie associative, culturelle et politique, ?
Alors, pourquoi la considérer, au moment du partage de l'héritage, comme la moitié de l'homme ?
Pourquoi ne lui donner que la moitié de ce que l'homme, qui n'est autre que son frère, a le droit d?avoir ?
Pourquoi l'humilier au sein même de sa famille entre ses frères et ses proches en la considérant comme inférieure ?
Filles et garçons, de la même famille, qui ont eu la même éducation, le même traitement, les mêmes faveurs, les mêmes chances, qui assument aujourd'hui, les mêmes responsabilités participent de la même façon à la vie active, familiale, professionnelle et sociale sont discriminées au moment du partage.
Jusqu'à quand allons-nous considérer la fille comme l'inégale du garçon, une « sous-homme » parce que femme, parce qu'elle est un être humain de sexe féminin ?
Ceux qui utilisent encore cette règle, ratent une occasion de se montrer digne d?une éducation élevée et adaptée à notre époque. Ils ratent une occasion de mettre en oeuvre une réflexion de bon sens et de justice.
Ceux qui insistent à utiliser cette règle pour humilier ses soeurs, les diminuer et les considérer inférieur, sous le seul prétexte de respecter la loi civile inspirée de la loi coranique, qui, somme toute, date d'un autre temps, ont-ils le droit à la considération ?
C'est une question que je pose !
La seule logique et la seule justification des défenseurs de cette règle, c'est la loi coranique et la parole divine.
Dieu qui ne respecte pas l'égalité et la justice entre ses créatures, ne peut pas être un exemple.
Je pense que le problème n'est pas la !
C'est l'égoïsme humain qui se cache derrière le créateur et derrière la parole divine, et donc lui fait assumer son individualisme d'homme masculin et son complexe.
On utilise dieu quand et comme on veut ; et surtout, quand on est en court d'argument et surtout, quand cela nous arrange.
Ce qui est en cause, c'est bien l'égoïsme, l'intérêt personnel, même si quand le prix à payer est élevé.
Ça peut-être aussi son dogmatisme et sa lecture très étroite de la religion ou tout simplement le sentiment de tenir une occasion de s'enrichir un peu en essayant de tirer un maximum d'un héritage inattendu.
A-t-on le droit de baisser les bras et accepter une telle injustice, parce ce que « c'est la loi ! » ?
Faut-il choisir la solution individuelle de mettre en pratique ses convictions en se contentant de distribuer le surplus de sa part de l'héritage entre ses soeurs ?
Et si on choisissait cette solution, aura-t-on les mêmes rapports que nous avions auparavant ?
Peut-on conserver cette sincérité, cette limpidité dans nos relations ?
Peut-on continuer à avoir les mêmes rapports de fraternité et de franchise ?
C'est vrai, on peut dire que nous ne sommes pas obligés d'avoir toujours les mêmes rapports, c'est la vie, chacun suit son chemin !
Le prix à payer, c'est généralement, la rancune, la discorde, l'hypocrisie au détriment de l'amour, de l'entente, de l'entraide, de la fraternité, de la cordialité et de la limpidité dans les coeurs.
Toutes ces valeurs que nous perdons, ne sont-elles pas beaucoup plus chères et beaucoup plus précieuses que les « quatre sous » que peut « tirer » le garçon de la part de sa soeur ?
Merci à toutes celles et à tous ceux qui aimeraient bien m'aider à mieux comprendre le monde en :
- M'éclairant, s'ils considèrent que je suis dans l'obscurité.
- Me corriger, s'ils estiment que je suis dans l'erreur.
- Ou me soutenir, s'ils jugent que je suis sur la bonne voix.
- Et enfin en m'excusant, si j'ai tenu des propos excessifs.
En tout cas, c'est un sujet qui me préoccupe beaucoup et je n'arrive pas à accepter cette discrimination et à avoir du respect et de la considération pour ceux qui soutiennent cette règle avec acharnement en essayant de démontrer l'inconcevable.
Si j'ai consacré tant de temps, tant d'énergie, tant de forces dans ma vie, pour faire avancer l?égalité, la liberté et le respect. Ce n'est sûrement pas pour accepter, aujourd'hui, et encore moins, de cautionner cette imbécillité pour faire plaisir à l'égoïsme enfantin.
Ahmed-Ridha ABBÈS
A Paris, le 27 Janvier 2006.